
Pour les mères humaines, certains préféreront dire "donner le sein" ; c’est plus élégant. Laissant entendre qu’en donner un seul, cela permet de ne pas tout donner et de réserver un peu d’appétit pour le biberon de lait industriel... Ou de réserver un peu de sein pour le mari.
En espagnol, allaiter se traduit par "amamantar". Le terme "mamar", pour "téter", est tellement plus expressif ! Tiré du mot "mama" ("mamelle" ou... "maman"), il pourrait presque signifier "faire mère".
En chinois, les caractères bu ru (哺乳) utilisent les "clés" (caractères de classification) de la bouche et du jeune enfant, pour traduire l’allaitement au sens strict. D’ailleurs le mot "lait" se traduit par le caractère "nai" (奶) dont la moitié gauche signifie "femme". Elémentaire, non ?
La langue allemande ajoute une subtilité, en utilisant le verbe "stillen" pour allaiter. Le même mot qui traduit "calmer, apaiser". Quelle belle image !
En arabe classique, les verbes allaiter et téter sont issus de la même racine que le mot qui traduit "frère de lait" ou "enfant à la mamelle". On n’est pas loin du "breastfeeding" anglais, traduction littérale de "nutrition au sein".
Le sango, langue nationale centrafricaine, reste plus pragmatique : un bébé "gnon mè" s’il boit le sein, ou "gnon biberon" s’il avale du lait artificiel. Y a pas de jaloux...
Conjuguant fidélité aux textes et esprit d’indépendance, le créole réunionnais se démarque. Les origines françaises de la langue y sont respectées, puisque "allaiter" se dit "done tété", et que le verbe téter se traduit tout simplement par "tété".
Mais l’originalité réunionnaise s’exprime dans le dicton "Marmay i kri pa i gagne pa tété". Eh oui, les mères créoles savent que pour téter, un bébé doit d’abord s’exprimer par ses cris !!!
On est loin du discours culpabilisant de la métropole, où lorsqu’un bébé pleure, sa mère imagine tout de suite qu’elle n’a pas assez de lait. Combien de tonnes de lait en poudre ont ainsi pu être vendues grâce à une astucieuse désinformation !