Les mères réunionnaises ont une longueur d’avance sur les autres mères françaises. Elles n’ont pas honte d’allaiter en public, y compris dans la file d’attente des hypermarchés.
Manifestement, l’allaitement n’a pas la connotation ringarde et rétrograde qu’il a en France métropolitaine, où il est encore considéré comme un geste de pauvre. Surtout dans les campagnes qui ont été grosses pourvoyeuses de nourrices comme la Picardie. La nourrice gagnait sa vie en allaitant un bébé riche, pendant que son propre enfant survivait avec un autre lait, pas forcément adapté.
De plus, la consommation de masse n’a atteint La Réunion que récemment. Alors qu’en France métropolitaine, au moins deux générations de mères ont subi des publicités qui leur vantaient les bienfaits des laits industriels "si la mère n’a pas assez de lait".
Curieusement, dans les pays où ces publicités n’existent pas, les mères ont assez de lait pour leur bébé... Heureusement pour les mères réunionnaises, une véritable information a été diffusée dans les maternités très tôt, contrebalançant l’agressivité commerciale. Les jeunes mères ont des éléments sérieux pour choisir entre allaitement et biberon.
Les mères réunionnaises, à une large majorité (68%) choisissent d’allaiter leur bébé. C’est nettement mieux que la moyenne française (environ 50%) ou que des régions comme la Picardie, où on en reste à environ 30%.
Certains commenteront immédiatement : "C’est normal, très peu de mères réunionnaises travaillent". Entendons par là que très peu de femmes ont accès à un véritable emploi, dans une île qui compte 40% ce chômeurs.
Mais on ne peut pas se contenter de ce constat, qui sépare les mères en deux catégories. D’un côté, celles qui ne "font rien" (et donc vivent des allocations familiales) et ont le temps d’allaiter. De l’autre, celles qui travaillent de façon moderne, consomment, et achètent du lait industriel.
Il est urgent de répéter, à la Réunion comme ailleurs, qu’une mère peut concilier l’allaitement et la vie professionnelle. C’était le cas lorsque nos ancêtres vivaient de l’agriculture. C’est toujours le cas pour des mères ouvrières, coiffeuses, médecins, hôtesses de l’air, secrétaires...