![]() Lille Allemands 14-18 Carte postale : l’armée allemande à Lille, 1914-1918. |
On y entrait par un couloir étroit, qui donnait dans la pièce principale, puis permettait de sortir dans la cour, où se trouvaient les WC. Dans la cuisine, un escalier raide montait aux étages.
![]() Tramway Lille La ligne du Mongy. Carte postale de 1915, envoyée par un Allemand à ses proches. |
Cette situation frontalière avait son importance, pendant la première guerre mondiale. L’occupant allemand exigeait un laissez-passer pour se rendre d’une commune à l’autre. Il était donc impératif de ne pas changer de commune en changeant de trottoir ! La fille Delvallée, prénommée Marie-Antoinette, savait éviter l’un des trottoirs de sa rue.
De ces quatre années d’occupation entre 1914 et 1918, la fillette avait gardé une peur viscérale de l’Allemagne, qui la rendra extrêmement prudente pendant les années de plomb, de 1940 à 1945.
Après son mariage en 1926, Marie-Antoinette a suivi son mari, comptable chez un mandataire aux Halles de Paris. En 1927 à Paris est né Bernard, aîné d’une fratrie de onze. En 1928, à l’occasion d’un séjour de Marie-Antoinette chez sa mère, Gisèle est née dans ce quartier excentré, entre Lille et le Croisé-Laroche.
Elle a été baptisée à l’église Notre-Dame-de-Pellevoisin, là où ses parents s’étaient mariés. Gisèle, deuxième bébé et première fille, est ainsi devenue une « Parisienne née à Lille ».
Gisèle allait rendre visite à sa grand-mère « avant la guerre ». Car toute personne qui a vécu une ou plusieurs guerres en fait des marqueurs temporels. Comme les mères pour leurs accouchements.
La grand-mère appelait sa petite-fille « m’fil », l’une des rares expressions de ch’timi qui aura traversé les générations, lorsque la famille a migré jusqu’en Afrique.
Une génération plus tard, on retrouve en 1981 Véronique, fille de Gisèle et de Paul Hummel, inscrite à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille. Ses deux années d’études ne sont pas terminées quand elle met au monde Anastasie.
Au printemps 1983, le bébé inaugure la première ligne du VAL (véhicule automatique léger), le métro lillois sans conducteur, une première technologique. Le bébé s’enrhume dans les courants d’air. Mais l’enfant Anastasie restera une fille de Lille, malgré le déménagement familial à Amiens.
Car 1983 est aussi l’année de l’installation à Marcq-en-Baroeul de la tante paternelle d’Anastasie. Antoinette avait quitté sa Centrafrique natale, avec son mari Léonard et leur première fille, pour s’installer à Bruxelles et y agrandir la famille. Suivant le labyrinthe des emplois de mécanicien, l’oncle avait finalement trouvé du travail près de Lille. La famille s’est installée entre la rue du Buisson et la voie ferrée, rue de Paris.
Là où la grand-mère Delvallée ne connaissait que des champs, avaient surgi de confortables maisons et des immeubles HLM, pour y loger à la fois les descendants des anciens immigrés (Flamands, Polonais, Portugais, Italiens...) et les nouvelles familles, majoritairement africaines et maghrébines.
![]() mariage Peggy Peggy, cousine d’Anastasie, a épousé Bruno en 2003, dans l’église où la grand-mère d’Anastasie a été baptisée. |
Porte des Flandres, Lille est devenue grande métropole européenne et universitaire. En 2003, l’étudiante Anastasie s’inscrit en langues étrangères appliquées et fréquente l’amphi de Roubaix. Curieux retour aux sources : c’est à Roubaix que sa mère Véronique avait effectué ses premiers reportages.
En 2004, Anastasie s’inscrit dans un lycée lillois pour un BTS commerce international. Elle trouve un employeur : une banque roubaisienne. A deux pas des bureaux du journal où sa mère avait fait ses premières armes.
Et lorsque la cousine d’Anastasie s’est mariée, elle a dit "oui" dans l’église Notre-Dame-de-Pellevoisin. Là où les arrière-grands-parents s’étaient mariés.